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OPPORTUNITES ET CONTRAINTES DU SYSTEME DE PRODUCTION DE POISSON EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Par : Mushagalusa Namegabe Janvier, Institut international d’agriculture tropicale (IITA). République Démocratique du Congo.

INTRODUCTION

La production aquacole en Afrique subsaharienne a le potentiel pour soutenir la croissance au cours des deux prochaines décennies ; il est donc nécessaire d’identifier les systèmes d’élevage qui offrent une marge de progrès permettant d’augmenter la production de manière significative. En outre, ces modèles d’élevage doivent également être durables. La pisciculture contribue énormément à l’amélioration de l’alimentation car elle permet à d’autres activités agricoles de prospérer. Les étangs constituent un « garde-manger » qui, pendant la saison agricole, nourrit et sauve un paysan qui doit parcourir des dizaines de kilomètres à la recherche de nourriture. En RD du Congo, on estimait en 1990 à 78 907 le nombre d’étangs à poissons qui couvraient une superficie estimée à      1 305 ha avec une production estimée à 3 269 tonnes. En 2000, il y a eu une baisse significative de la production et des étangs de pêche allant jusqu’à 2 751 tonnes et 36 515 étangs de pêche.

Au Kivu, la pisciculture était assez bien développée, surtout au Sud-Kivu. Le nombre d’étangs à poissons était estimé à 1028 sur une superficie de 170 ha avec une production estimée à 425 tonnes, provenant principalement des étangs de barrage. Malgré la présence d’infrastructures aquacoles dans toutes les provinces du pays, les ressources humaines et matérielles font cruellement défaut, notamment la disponibilité de responsables aquacoles formés. Les rapports nationaux successifs de Prodepaak (2008-2013) indiquent que le sous-secteur de l’aquaculture dans la RD. Congo est actuellement dominé par une agriculture à petite échelle, qui est principalement basée sur des pratiques traditionnelles, un cadre de gestion rudimentaire et le manque d’espèces améliorées, entre autres. La petite agriculture, dont la production reste insignifiante malgré la forte demande en poisson, est particulièrement prédominante dans toutes les provinces, notamment au Sud-Kivu.

La faible croissance de la pisciculture observée en RD. Congo, plus particulièrement dans la province du Sud-Kivu, est attribuée entre autres facteurs, à la faible utilisation de semences de qualité, à la connaissance limitée des meilleures pratiques d’élevage et d’aquaculture, aux problèmes liés aux pratiques d’alimentation des poissons, aux maladies, à la faiblesse des services de vulgarisation et des mécanismes de diffusion des technologies, et à un environnement politique défavorable. D’autre part, les avantages et le rôle prépondérant que la pisciculture pourrait jouer dans le renforcement de la sécurité alimentaire des populations du Sud-Kivu, en particulier dans les zones rurales et les zones post-conflit, n’ont guère suscité l’intérêt des chercheurs. En 2000, le rapport de l’Inspection provinciale de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage (IPAPEL) par son Service national de l’aquaculture a indiqué une diminution d’un quart de la production de poisson au Sud-Kivu. Toutefois, les causes de cette tendance restent floues. Cette étude vise donc à renouveler les informations disponibles sur la pisciculture paysanne au Sud-Kivu en RD Congo, à réviser les politiques de production piscicole et à proposer des orientations stratégiques pour un développement harmonieux et utile à l’amélioration du secteur de la pisciculture en RD Congo, notamment au Sud-Kivu.

DISCUSSION

A. Caractéristiques socio-économiques des pisciculteurs du Sud-Kivu

Les femmes sont moins intéressées ou responsables de la gestion d’un étang à poissons au sein du ménage. La faible représentation des femmes par rapport aux hommes dans la pisciculture et la gestion des étangs est attribuée au fait que les travaux d’entretien et de développement des étangs demandent beaucoup d’efforts. Les femmes n’ont pas un accès facile au crédit ou à la terre comme c’est le cas des hommes pour pouvoir acquérir et entretenir un étang à poissons. Ces résultats sont cohérents avec ceux observés par Dossou (2008) au Bénin. Une autre étude menée dans la zone forestière au Cameroun a également révélé que seulement cinq pour cent des étangs à poissons étaient détenus par des femmes ; et que les quelques femmes qui possédaient des étangs à poissons étaient aidées par leurs maris dans la gestion et l’entretien, comme c’est le cas dans notre zone d’étude. En essayant de relier la productivité des étangs à poissons par sexe au sein du ménage et les aspects culturels dans la communauté, il faut également noter que la pisciculture, comme toute activité lorsqu’elle est rentable, tend à être prise en charge par les hommes au détriment des femmes. Il semble donc que dans notre zone d’étude, la pisciculture étant une entreprise rentable, elle est gérée par les hommes. Ceux-ci s’approprient ses bénéfices à la place des femmes qui constituent une main d’œuvre supplémentaire aux hommes. Des résultats similaires ont été rapportés par Mirindi (2018) dans des fermes piscicoles irriguées de la plaine de la Ruzizi.

Les résultats obtenus par notre étude en ce qui concerne l’âge et le niveau d’éducation sont conformes aux résultats des études menées par la FAO (1993) à Madagascar, qui ont montré que l’âge moyen des pisciculteurs variait de 40 à 50 ans. Nous pensons que la forte proportion d’adultes dans la pisciculture par rapport aux jeunes est due au fait qu’à cet âge, les gens ont d’énormes responsabilités pour s’occuper du ménage et assurer sa survie.

La technologie de l’aquaculture requiert des connaissances techniques particulières dans son application, le niveau d’éducation des pisciculteurs est généralement reconnu comme un critère favorisant l’innovation en aquaculture. Dans notre étude, la majorité des pisciculteurs ont un faible niveau d’éducation. Nous pensons que cela pourrait constituer un obstacle à l’adoption de nouvelles technologies. Il faut donc que les développeurs et les chercheurs fassent des efforts suffisants en matière de formation et de sensibilisation des pisciculteurs.

La grande dispersion de l’accessibilité de la formation en pisciculture s’explique en partie par la présence d’organisations travaillant dans le secteur de l’aquaculture dans les différentes zones d’étude, d’une part, et d’autre part, par l’intérêt, la longue expérience des pisciculteurs dans le domaine de la pisciculture et le dynamisme des associations de développement. Les observations faites sur le terrain montrent, par exemple, qu’il y a plus d’organisations travaillant dans l’aquaculture à Kabare que dans la plaine de la Ruzizi et à Walungu.  Il faut également noter que le centre d’élevage et de recherche et d’introduction de la pisciculture a été créé à Nyakabere à Kabare par M. Vanot à l’époque coloniale. Cela a motivé la population locale de la zone d’étude à développer un intérêt pour la pisciculture, ce qui a permis d’améliorer sa sécurité alimentaire. L’adhésion à une association d’agriculteurs influence également le niveau d’adoption des nouvelles pratiques aquacoles dans la zone d’étude. En effet, les membres des associations sont les premiers bénéficiaires de services de formation ou de vulgarisation en aquaculture.

Le faible nombre d’adhérents aux associations d’agriculteurs démontre encore davantage pourquoi les pisciculteurs n’ont pas accès à la formation des services et organisations de l’État, ce qui pourrait influencer le succès de la pisciculture, comme le suggèrent Alpha et Castellanet (2007). Comme l’a observé Gedikoglu (2013), l’adhésion à une coopération ou à une association de pisciculteurs leur permet d’acquérir facilement des informations et de l’expérience qui réduisent l’incertitude et leur permettent ainsi de percevoir l’innovation et les risques qu’elle comporte de manière plus objective. L’expérience et/ou l’ancienneté dans le domaine sont des facteurs essentiels et importants pour la réussite de la pisciculture.

B. L’expérience des aquaculteurs

La pisciculture existe depuis l’époque coloniale. Cependant, avec le départ des aides de la coopération belge, chinoise et américaine suite aux nombreuses guerres dans l’Est du pays, de nombreux pisciculteurs ont abandonné la pisciculture. Cependant, avec la reprise de la coopération et des ONG, la pisciculture a commencé à reprendre progressivement. Le manque d’expérience des pisciculteurs actuels pourrait avoir un impact négatif sur la production car, selon la FAO (2015), la reprise et l’expansion du développement de l’aquaculture commerciale sont limitées par le manque d’expérience des pisciculteurs sur le terrain. Parmi les autres facteurs limitatifs, citons le manque de compétences techniques de base pour la main-d’œuvre du secteur privé et l’insuffisance des services de vulgarisation en termes de soutien technique efficace, entre autres. La pisciculture et l’élevage en général renforcent les revenus des ménages et garantissent la survie du ménage et la scolarisation des enfants. La forte proportion d’agriculteurs pratiquant l’agriculture par rapport à d’autres activités s’explique par le fait que l’agriculture est la principale source de revenus des ménages et qu’elle constitue une source des principaux intrants utilisés par les agriculteurs pour nourrir à la fois les poissons et le bétail.

En effet, la production végétale est une source importante d’intrants pour l’aquaculture (nourriture, fertilisation, outils de labour, etc.), et contribue à la satisfaction alimentaire des ménages grâce à la consommation de poisson à domicile. L’aquaculture permet également de capitaliser les bénéfices financiers de l’exploitation familiale pour les mobiliser facilement en cas de besoin. Ces deux activités (production végétale et pisciculture) constituent les principales activités économiques des ménages, et ces activités complètent l’emploi et le commerce. Toutefois, en raison d’un environnement socio-économique de plus en plus précaire, les ménages piscicoles ont adopté de nouvelles activités non agricoles pour assurer leur subsistance.

Cette diversité d’activités montre la nécessité de garantir le revenu familial et de promouvoir l’indépendance et la sécurité financières. De plus, la zone d’étude étant montagneuse, il est dans l’intérêt des habitants de profiter de cette opportunité pour s’engager dans des activités économiques diverses, c’est pourquoi la production végétale est l’activité principale des pisciculteurs.

C. Caractéristiques économiques des pisciculteurs du Sud-Kivu

Les résultats de l’étude ont montré qu’il existe une grande variabilité des tailles des étangs à poissons dans les zones étudiées. En effet, en moyenne, les étangs de la plaine de la Ruzizi sont très plus grands que ceux de Kabare et de Walungu. Leur point commun est leur surface réduite, comprise entre 128,3m2 et 589,1m2… Cela serait dû au manque de main d’œuvre car la pisciculture est essentiellement une entreprise familiale. Ces résultats sont cohérents avec ceux obtenus par d’autres chercheurs, la superficie des étangs dépend des moyens dont disposent les agriculteurs ; les riches ou les groupes d’agriculteurs pêcheurs ont la prérogative de conserver de grandes superficies d’étangs. Selon Satia (1989 cité par Lazard et al.,(1991), les petites exploitations piscicoles sont largement pratiquées et représentent plus de 95 % des étangs en activité en Afrique tropicale. Comme l’ont observé Hauber et al (2011), la prédominance des petits bassins parmi un grand nombre d’acteurs reflète l’acceptation de cette pratique par la population locale. La production de poisson reste de moins en moins appréciée en raison des multiples contraintes enregistrées dans la pisciculture. Comme le montre la FAO (2015), afin d’augmenter la production et la consommation de poisson, les gouvernements de ces pays devraient s’engager à développer des systèmes d’aquaculture ayant le potentiel de devenir économiquement viables. Cela inclut la construction de canaux, de réservoirs de recyclage, de nurseries, et la formation d’associations d’aquaculteurs/pisciculteurs et/ou d’éleveurs. En outre, la renaissance et l’expansion du développement de l’aquaculture sont limitées par l’absence d’un cadre politique, le manque de compétences techniques de base pour la main-d’œuvre du secteur privé et l’insuffisance des informations et des équipements des services de vulgarisation sur un soutien technique efficace. Parmi les autres facteurs, on peut citer la faiblesse des mécanismes de semences et de distribution, l’insuffisance des aliments pour poissons due en partie au manque d’incitations à leur production, l’accès limité à la terre et à l’information, l’inadéquation des infrastructures de soutien et des dispositifs institutionnels.

D. Contraintes liées à la production de poisson dans la province du Sud-Kivu

Les résultats présentés ici sont similaires à ceux obtenus par Inyang, (2007) dans l’État d’Akwa Ibom au Nigeria. Le développement de semences de qualité et la création d’étangs piscicoles permettraient de créer de nouvelles niches écologiques pour les poissons. Pour remédier à cette situation, Edwards (2000) préconise une forte implication du secteur privé dans la fourniture de semences de qualité en mettant l’accent sur la production décentralisée.

Comme l’affirme Anonyme,  le rendement en poisson est largement déterminé par le niveau du régime alimentaire. En outre, les aliments aquacoles sont composés de nombreux ingrédients qui sont mélangés dans des proportions variables pour se compléter mutuellement afin de former un régime composé complet sur le plan nutritionnel. Selon la FAO, ces aliments sont fabriqués dans des installations industrielles de broyage d’aliments pour animaux et sont distribués et vendus par le biais de chaînes commerciales conventionnelles. Il convient donc de mettre en place ces installations. La FAO (2001) observe en outre que les aliments pour poissons, adéquats du point de vue nutritionnel, sont enrichis par une formule spécifique pour être donnés sous forme de ration unique capable de maintenir la vie et/ou de promouvoir la production, sans ajout de substances supplémentaires, à l’exception de l’eau.

Cela s’expliquerait par la mauvaise compréhension qu’ont les agriculteurs de la biologie des poissons sélectionnés pour la production. Les pisciculteurs ont la fausse impression que, comme dans la pêche artisanale où les populations de poissons sont autosuffisantes, un investisseur en aquaculture n’a qu’à approvisionner un étang et à le laisser pendant une période donnée, après quoi il peut être exploité. Ils ne savent pas que les étangs ensemencés doivent être bien gérés et les poissons bien nourris pour assurer une récolte abondante. Cela nécessite une bonne connaissance de la biologie des poissons. Par exemple, la FAO (2010) montre qu’il existe les meilleures pratiques de gestion de l’aquaculture qui visent à améliorer la quantité, la sécurité et la qualité des produits en tenant compte de la santé et du bien-être des animaux, de la sécurité alimentaire, de la durabilité environnementale et socio-économique et que ces pratiques de gestion de l’aquaculture sont appliquées sur une base volontaire. Comme le montre SARNISSA (2001), la formation et l’éducation doivent être mieux orientées vers des besoins spécifiques ; les organisations de producteurs, les ONG, et que les centres de formation devraient jouer un rôle important dans l’offre de formation et d’éducation.

CONCLUSION

Malgré sa faible productivité due aux risques environnementaux et de gestion, la pisciculture joue un rôle important dans la socio-économie des populations de la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo. Dans cette région, la responsabilité de la pisciculture incombe aux hommes, qui sont mariés et n’ont pas d’éducation formelle. La pisciculture congolaise au Sud-Kivu est très rudimentaire, car elle est considérée comme une activité secondaire et parce que les éleveurs d’animaux manquent de connaissances et de compétences en matière de bonnes pratiques d’aquaculture au Sud-Kivu.

La pisciculture n’est pas pratiquée par des acteurs bien formés, ce qui entraîne des pertes importantes et parfois totales de la production piscicole. De nombreux pisciculteurs n’appartiennent pas à des associations d’aquaculteurs, ce qui aurait augmenté la rentabilité de leurs activités piscicoles et le développement de la chaîne de valeur de la pisciculture. Des connaissances de base en matière de bonnes pratiques de gestion, l’encadrement des éleveurs par un suivi régulier ainsi que des mesures prophylactiques (diagnostic, prévention, traitement et éradication des maladies) fournies par les pouvoirs publics contribueraient à améliorer la production et la productivité piscicole et, aussi, les conditions de vie des pisciculteurs de la province du Sud-Kivu.

Source : https://ijisrt.com/opportunities-and-constraints-facing-fish-production-system-in-dr-congo

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